• Axelle Warnery-Hertzeisen

Êtes-vous plutôt Cruella, Calimero ou Zorro ?

Le triangle dramatique de Karpman, 3 postures comportementales quotidiennes naturelles

Le triangle dramatique, présenté par Karpman en 1968, est un jeu psychologique de manipulation de la communication.

Qu'est-ce qu'un jeu psychologique ?

Le jeu psychologique est un concept de l'Analyse Transactionnelle. Eric Berne le défini comme "Le déroulement d'une série de transactions cachées, complémentaires, progressant vers un résultat bien défini, prévisible." (Des jeux et des Hommes, Stock, Eric Berne).

Berne parle de "jeu" en faisant référence au poker et plus spécialement aux joueurs de poker, pour qui, les émotions vécues, liées au gain et à la perte, sont un enjeu beaucoup important que la mise elle-même. Le jeu psychologique est un échange entre plusieurs personnes, toutefois le but de cet échange n'est pas ce qui est réellement dit pendant la discussion mais, comme au poker, ce qui ne s'entend pas : le gain, le résultat du jeu. C'est un jeu inconscient. Le but n'est pas de ne plus jouer (nous n'y arrivons pas) mais de se rendre compte, de prendre conscience des jeux que nous jouons et d'en sortir.

Les trois rôles du triangle dramatique de Karpman

Trois acteurs participent à ce jeu psychologique :

- le persécuteur,

- la victime,

- le sauveur.

Le persécuteur

Il critique, dévalorise, blâme. Il est content de trouver l'erreur et est déçu s’il n'y en a pas. Ses règles sont imprécises et il ne relève que le négatif. Il s'en prend aux plus faibles que lui et il est jugeant. Les normes qu'il donne sont excessives et il les met en pratique avec dureté. Des exemples parlants sont les personnages de Cruella d'Enfer dans les 101 dalmatiens, de la marâtre de Cendrillon, de Madame Médusa de Bernard et Bianca, etc.

La victime

Ce n'est jamais sa faute, il dénie ses responsabilités et s'apitoie sur son sort. Il expose et pose le problème à quelqu'un d'autre avant d'avoir cherché des solutions. Il lance des appels au secours toutefois sa demande n'est pas faite clairement. Il peut être confus dans son comportement et oublie quand cela l'arrange. Il ne se donne pas les moyens d'être à la hauteur. Calimero en est une bonne illustration.

Le sauveur

Il vole au secours, il inflige son aide. Parfois il aide alors qu'on ne lui a rien demandé et cela avant de connaitre le problème. Il est même possible qu'il n'ait ni les compétences, ni les moyens d'aider. Il empêche l'autonomie et ne rend pas service finalement. En effet il peut être faussement serviable afin de garder l'autre sous sa dépendance et de préserver son rôle de sauveur. Zorro, Superman sont des exemples de sauveur.

Dans une même situation, nous ne sommes pas cantonnés à un rôle. En effet chacun change de rôle jusqu'à ce que la situation devienne intenable et que le conflit éclate.

Exemple

Un manager demande à son subordonné de s'occuper d'un projet. Ce projet est au-dessus des compétences du subordonné. Il le dit à son supérieur mais celui-ci lui répond que "nous apprenons à nager en nous jetant à l'eau" et que tout le monde dans l'organisation a appris comme cela (persécuteur). L'employé se tourne alors vers son collègue, il lui expose le problème, il s'apitoie sur son sort, sur le manque d'écoute du chef, les manques de support (formation, mentorat, etc.) au sein de l'organisation. Il prend le rôle de victime. Le collègue vole à son secours, il enfile son costume de sauveur dans lequel il se sent si bien. Il le prend sous son aile alors qu'aucune demande n'a été formule et qu'il n'a pas les compétences pour aider son collègue. Il parle au chef de la situation. Ce dernier a une conversation avec la victime pendant laquelle il lui confirme qu'il entend et comprend la situation. Toutefois il ne met rien en place pour aider le subordonné dans sa tâche, car cela n'est pas une option dans cette entreprise où nous apprenons en faisant. Le projet n'avance pas bien, les délais ne sont pas tenus et la qualité n'est pas au rendez-vous. Las, le chef informe le sauveur qu'il va licencier la victime car il n’a pas atteint les objectifs. Il procède au licenciement. La victime comprend que le collègue sauveur était au courant de son licenciement et lui reproche de ne pas l'avoir aidé, de l'avoir trahit, il devient le persécuteur et le collègue la victime.

Que faire alors ?

1. Connaitre dans quel rôle nous avons tendance à entrer : sommes-nous plutôt un Calimero, une Cruella d'Enfer ou un Zorro ?

2. Être à l'écoute de soi-même pour détecter si nous endossons ce rôle. Des sentiments négatifs et/ou des réactions inhabituelles sont des signes qu'une situation dégénère.

3. Prendre du recul et se rendre compte que nous sommes dans une situation de triangulation, de jeu psychologique.

4. Se demander qui sont les acteurs de ce jeu psychologique et quels sont les rôles de chacun.

5. Se demander quels sont les véritables besoins non exprimés des différents acteurs ?

6. Méta communiquer, comprendre nos besoins, les exprimer, se responsabiliser, c'est-à-dire reprendre ce qui nous appartient.

Pour le persécuteur cela signifie comprendre ses besoins, les exprimer et les négocier honnêtement et exprimer son opinion. Revoir à la baisse son goût pour le pouvoir, ne pas juger et être tolérant, limiter ses exigences

Pour la victime c'est reconnaitre sa vulnérabilité passagère et ses limites. Prendre ses responsabilités, formuler une demande d'aide claire sans se plaindre. Choisir la bonne personne pour l'aider (celle qui en a les moyens et la capacité) afin de ne pas devenir persécuteur. Faire confiance.

Pour le sauveur, c'est attendre qu'il y ai une demande explicite et claire. Se freiner en ne mettant pas son nez dans les affaires des autres. Se poser la question de ses propres résonnances par rapport à la situation. Accompagner l'autre afin qu'il trouve sa propre solution en écoutant, en reformulant ce que dit l'autre sans donner son opinion et lui faire confiance. Finalement éviter les conseils avec des messages cachés.

Impact

Lorsque nous sommes pris dans des jeux psychologiques, nous avons en général un rôle préférentiel et autre secondaire et nous naviguons de l'un à l'autre dans notre communication.

Laisser des triangles en place au sein d'une organisation, c'est prendre le risque de péjorer la communication interne, altérer la performance, augmenter les risques psychosociaux, la souffrance et les troubles qui en découlent (harcèlement, burn-out, suicide, etc.) ou augmenter le turnover au sein de l'organisation. Ces jeux psychologiques ne sont pas toujours pervers, car ils sont souvent inconscients. Il s'agit donc de rester bienveillant avec nous et les autres quand nous les détectons et de les désamorcer.

Alors ? Etes-vous plutôt Cruella, Calimero ou Zorro ?

Avez-vous identifié des situations de triangle dramatique au travail ?

En avez-vous vécu personnellement ? Que s'est-il passé ? Comment cela a été géré ?



Bibliographie

  • Berne E. (2000). Des jeux et des hommes: psychologie des relations humaines. Ed. Stock.

  • Leibovitz A. (2017). La Boîte à outils de la Confiance en soi. Malakoff: Dunod éd.

 

©2018 by Quand le travail fait Aïe... / Mentions légales